Orgues MOUSSAN
« Faire découvrir et aimer la Musique et particulièrement celle d’Orgue »
L’âge d’or de l’Orgue : les XVIIe et XVIIIe siècles
Textes et croquis d’illustration par Jean MERCIER
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’orgue «renaissant» est à l’origine des orgues de l’époque moderne. Néanmoins, il prend des caractéristiques «nationales», qui d’ailleurs s’influencent souvent mutuellement, de manière extrêmement complexe...
Très schématiquement néanmoins, au Sud de l’Europe, l’orgue conserve de dimensions restreintes. Au Nord, il devient monumental. A ces considérations président des raisons économiques, bien sûr, mais aussi des raisons culturelles.
Ì L’Italie
Principale ....................... 8’
Voce Umana (en Sol 2)....... 8’
Ottava ....................... 4’Decimanona ....................... 1 1/3’
Vigesimaseconda ....................... 1’
Vigesimasesta ....................... 2/3’
Vigesimanona ....................... 1/2’
Tirasse permanente
Contrabassi al Pedale..................... 16’
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Italie se satisfait d’un instrument très proche de l’instrument renaissant. Il est doté d’un unique clavier (la première octave est souvent «courte», c’est-à-dire privée des feintes Ut#, Ré#, Fa# et Sol #), de quelques notes de pédale, généralement en Tirasse, et d’un sommier est le plus souvent à ressorts. (Au XVIIIème siècle, des orgues à deux claviers et pédale indépendante ont été construits…)
Le clavier est souvent doté d’une première octave « courte », et parfois d’un ravalement au Fa 0 ou même à l’Ut 0. Le pédalier est très restreint (une octave), le plus souvent en Tirasse permanente, et disposé en fronton.
Ré Mi Si b Ut # Mi b
Ut Fa Sol La Si Ut Ré Mi etc..
L’une des particularités de cet instrument réside dans le fait que la totalité de la tuyauterie est ouverte : les jeux bouchés n’existent pas dans l’orgue italien.
Il se compose d’un Plenum, le Ripieno, dont tous les rangs sont séparés en registres d’une rangée, avec des reprises pour les rangs les plus aigus, de quelques jeux de détail dits «da concerto», (Flûtes de 4 pieds, Nasard, plus rarement et surtout plus tardivement dessus de Tierce ou de Cornet, parfois divisé en deux registres : 4 + 2 2/3’ et 2’ + 1 3/5’), d’un jeu de Principal légèrement désaccordé, la Voce Umana, qui, mariée au Principale de 8 pieds, crée des ondulations poétiques… Les anches sont rares – sauf peut-être dans la tradition vénitienne. Le Ripieno, se compose de rangs séparés (parfois regroupés deux par deux, en particulier pour les rangs les plus aigus) qui, une fois atteint le plafond (généralement le 1/8’), reprennent à l’octave inférieure. Certains de ces rangs – les plus aigus dans les basses – ne continuent pas jusqu’en haut du clavier, donnant moins de rangs dans l’extrême aigü que dans les basses.
Trigesimasesta 1/4’........ 1/2’......................
Trigesimaterza 1/3’...................... 2/3’...................... │Vigesimaseconda............. 1’................................................... 2’.......... 2’.......... 2’
Decimanona 1 1/3’............................................................................ 2 2/3’.... 2 2/3’
Quintadecima 2’............................................................................................... 2’
Ottava 4’............................................................................................... 4’
Principale 8’............................................................................................. 8’
C1 C#2 F#2 D#3 F#3 D#4 F#4 C5
Le buffet se présente en règle générale comme une caisse plate surmontée d’un fronton, parfois ornée de volets, dans laquelle les tuyaux dessinent des mitres dans toutes les plates-faces.
Des variantes régionales de ce type existent évidemment. Elles sont néanmoins minimes.
Par ailleurs, la base du style italien est restée étonnamment stable. Jusqu’en plein XIXème siècle, les facteurs italiens ont repris et adapté ce type d’instrument, en créant un deuxième clavier d’écho, parfois expressif, en modifiant légèrement le Ripieno, en multipliant les « registri da concerto », en introduisant des Flûtes Harmoniques…
L’orgue de Brescia.
Ì La Péninsule ibérique
Docena............................. 2 2/3’ Docena............................. 2 2/3’
Quincena............................2’ Quincena..........................2’
Lleno................................ III rangs Lleno................................ II rangs
Cimbala............................ II rangs
Corneta............................. V rangsDocena............................. 2 2/3’ Docena............................. 2 2/3’
Quincena.......................... 2’ Quincena.......................... 2’
Lleno................................ III rangs Lleno................................ II rangs
Cimbala............................ II rangs
Corneta............................. V rangsClarín (chamade).............. 2’ Trompeta magna (chamade)16’
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ans la péninsule ibérique (Espagne et Portugal), ici aussi, le clavier est le plus souvent unique. En revanche, le sommier chromatique à gravure est, à partir du XVIème siècle coupé en basses et dessus entre le troisième Ut et le troisième Ut#, afin de créer l’illusion de deux plans sonores et d’accompagner une mélodie soliste, le tout sur un seul clavier. Longtemps, la première octave du clavier fut « courte ». Le pédalier se résume le plus souvent aux pistons de la première octave courte, soit en Tirasse, soit avec un ou deux jeux de fond parlant simultanément.
Les impressionnantes batteries de Trompetería en llamada (Trompettes en chamade), généralement considérées comme la principale caractéristique de l’orgue ibérique n’ont été introduites qu’à partir de la fin du XVIIème siècle, précisément APRÈS que l’essentiel de la grande littérature (Antonio de CabezÓn – 1510-1566 -, Tomás de Santa MarÍa – c. 1515-1570 -, Francisco Correa de Arauxo - c. 1583- 1653 -, Joán Cabanilles – 1644 -1712 -, Sebastián Aguilera de Heredia – 1561-1627) eut été composée…
Ici, s’opposent le Lleno, principaux et mixtures de plusieurs rangs, d’une part, les jeux de détails (jeux bouchés de 8, Flûtes de 4’, jeux de mutations flûtées simples (les Nasardos : Nasard, Tierce - une influence française -, Larigot) ou composées (Cornetas et Tolosanas), tous coupés en basses et dessus.
A l’origine, la présence des anches se résumait à celle d’une Régale en chamade (Dulzaina) et une Trompette intérieure (Trompeta real). Le XVIIIème siècle y adjoint des batteries de trompettes en chamade, aiguës dans les basses, graves dans les dessus, constituant le Lleno de lengüetería.
Ce même siècle introduit des claviers supplémentaires : Cadireta (Positif de dos), échos (souvent expressif…)
Le buffet, parfois orné de deux façades, l’une sur le chœur, l’autre sur le collatéral, est une construction de plusieurs étages, très ornée, symétrique, qui ne correspond pas à la structure intérieure de l’instrument.
Il est fréquent de voir, de part et d’autre du chœur de l’église, deux orgues jumeaux.

Cet instrument, qui ne fonctionne pas actuellement,
Est remarquable par ces chamades qui «hérissent»
l’entablement de la tuyauterie de façade.
Ì L’Allemagne du Sud
Gedackt............................ 8’ Prinzipal............................ 8’
Salicional.......................... 8’ Gedackt............................ 8’
Prinzipal............................ 4’ Octave.............................. 4’
Rohrflöte.......................... 4’ Flöte ................................ 4’
Octave.............................. 2’ Gedakct............................ 4’
Sifflöte............................. 1 1/3’ Quinte............................... 2 2/3’
Cymbale........................... II rangs Octave............................ 2’
Sesquialter........................ II rangs
Mixture............................. VI rangs
Cromorne.......................... 8’
Pédale (25 touches)
Subbaß.............................. 16’
Gedackt............................. 16’
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es compositeurs comme Johann-Jakob Froberger (1616 - 1667) et Johann Pachelbel (1653 – 1706) se sont contentés d’orgues relativement modestes. D’une part, le goût musical, fortement influencé par l’Italie, a sa part dans ce constat. D’autre part, l’Allemagne du Sud était moins riche que les villes hanséatiques du Nord, et donc disposait de moins de moyens financiers pour édifier des instruments imposants. En règle générale, ces orgues disposaient néanmoins de jeux répartis sur deux claviers et pédales indépendantes.
Leurs timbres de détail, tant pour les jeux de mutation, simples et composées, que pour les jeux d’anche, donnent à ce type d’instrument une grande clarté et une grande élégance.
A l’instar des orgues italiens, les instruments d’Allemagne du Sud se prêtent parfaitement à une polyphonie claire.