Histoire de l'Orgue au XXème siècle

 

Jean MERCIER

 

Le XX   siècle

 

 

 

Le XXème siècle se marque essentiellement - et curieusement - par un retour vers le passé. En dépit de réussites remarquables, il est à ce titre globalement moins créatif que les époques du passé.

 

 

 

 

La redécouverte de la musique de Bach et des maître anciens, tout particulièrement sous l'influence de Guilmant, entraîna un regain d'intérêt vers les jeux de mutation, indispensables à l'interprétation de ces œuvres que l'on commençait à éditer.

 

 

Dans un premier temps, on ajouta des Nasards, Tierces, Cornets et Plein-jeux dans les instruments de type Cavaillé-Coll. Ce type d'instruments suscita une littérature.

Puis, dès les années 1930, la redécouverte de certains instruments anciens, préservés, amena à une plus grande rigueur. Néanmoins, la majorité des instruments était décevante : tractions pneumatiques, harmonisations sans élégance, des tuyauteries de qualité médiocre (il est vrai que les commanditaires désiraient alors des instruments «bon marché»). Souvent, jusque dans les années 1970, les instruments romantiques sont radicalement « baroquisés », et parfois détruits.

A partir des lendemains de la Deuxième Guerre Mondiale, un autre mouvement se dessine, qui s'affirme avec plus d'ampleur depuis les années 1960 : le retour vers l'orgue baroque.

Des facteurs, dans des buffets d'esthétique ancienne ou contemporaine, s'inspirent des orgues du passé. Ce sont de véritables créations qui inspirent ce mouvement « néo-baroque ». Le Werkprinzip germanique est réutilisé, les anciens traités édités sont relus et appliqués, les méthodes de facture sont ressuscitées, les recherches musicologiques se penchent sur des instruments miraculeusement intacts ou peu modifiés (même si leur état nécessitait une restauration). Précisément, des restaurations rigoureuses sont entreprises sous la houlette d'organistes et de musicoloques compétents.

Plus récemment, la notion de «monument historique» s'est heureusement étendue aux instruments du XIXème siècle : les orgues Lété, Callinet, Moitessier, les grands Cavaillé-Coll ou Puget, qui étaient naguère encore souvent irrémédiablement massacrés deviennent un centre d'intérêt musical et bénéficient d'une éthique de restauration initiée sur les instruments du XVIIIème siècle. C'est conformément aux techniques et aux aspirations de leur époque de construction que les orgues connaissent désormais des restaurations - là où elle est encore possible...

Quelques facteurs seulement osent encore effectuer des recherches sonores (particulièrement dans le domaine des jeux de mutation), estimant souvent que la nouveauté n'est pas porteuse d'avenir.

 

  •  Quel avenir?

 

De toute évidence, nul ne connaît l'avenir. Les facteurs actuels, prudemment, s'inspirent des techniques du passé, qu'ils maîtrisent désormais parfaitement. Certains se spécialisent dans un style donné (y compris le style « symphonique »). La facture d'orgue, ses techniques est désormais enseignées dans une école qui forme les compagnons et les facteurs de demain.

De véritables créations existent, inspirées par la redécouverte de certains instruments particuliers - par exemple, les tuyauteries en bois, les mutations contenant des Tierces, des spécificités de tempérament, de diapason, de décoration...

Certains, plus radicaux - le virtuose Jean Guillou, par exemple - réclament des innovations de facture qui ouvrent des voies intéressantes, mais inexplorées. C'est ainsi le cas dans le domaine des mutations, qui tentent parfois des mélanges d'harmoniques que le passé ne nous avait pas offerts (septièmes, neuvièmes, ou tierces mineures...) ou des propositions plus étonnantes encore, de nouveaux jeux et timbres...

Néanmoins, il est vrai que, d'une part, la désaffection des églises - quelle que soit la confession considérée d'ailleurs - et d'autre part, la réglementation draconienne imposée par le Clergé aujourd'hui - force est de reconnaître qu'elle est indispensable mais encore faudrait-il qu'elle fût partout appliquée avec discernement - pose la question du renouveau des orgues salle de concert. Elle est entre les mains des pouvoirs publics et des associations à but non lucratif.

Celles-ci sont contraintes par la loi qui les régit - laquelle remonte à 1901 et mériterait peut-être un dépoussiérage -, les régissant ; leurs moyens d'action sont limités par leurs moyens financiers...

Ceux-là, effrayés par le montant de la dépense, et/ou ignorants de cet instrument, jugé trop marqué par son passé religieux et considéré comme trop élitiste et trop confidentiel, hésitent le plus souvent à agir ; ils sont trop souvent peu enclins à se tourner vers une culture qui ne soit pas spectaculaire.

Ce renouveau ne semble pas, en France du moins, pays où la formation musicale moyenne est hélas fortement déficiente, être à l'ordre du jour...

 

             © Textes et croquis d'illustration par Jean MERCIER 2008.

 

 

Ce texte est publié sur le Site des Amis des Orgues de Narbonne & de la Narbonnaise avec l'autorisation expresse de son auteur.

 



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