Le XIXsiècle De manière générale, le ton organistique est donné par la France au XIXème siècle. ÌL’époque dite «de transition»
Un orgue français « de Transition » L’orgue de l’église Saint Nicolas, à TOULOUSE (Daublaine & Callinet, 1845,Poirier & Lieberknecht, 1862,
jeux marqué d’une astérisque)
I Positif intérieurII Grand Orgue (54 touches : Ut 1 à Fa5)(54 touches : Ut 1 à Fa5) Bourdon en bois8’........ Bourdon16’ Flûte8’........ Flûte en Montre 8’ Salicional8’........ Prestant4’ Salicional4’........ Doublette2’ Doublette2’........ Cornet (en Ut 3)V rangs Trompette8’........ FournitureIII rangs Euphone8’........ CymbaleII rangs Tremblant fortTrompette 8’Clairon4’
III Récit expressifPédale (42 touches : Ut 2 à Fa5)(25 marches : Ut 1 à Ut 3, Flûte.......................... 8’au sommier Ut 1 à La 2) * Viole de gambe.................. 8’Flûte ouverte en bois...... 16’ Clarabella.............................. 8’ Flûte en bois.................... 8’ Flûte Harmonique.................. 4’Bombarde en bois.......... 16’ (hors boîte expressive).......... Trompette........................ 8’ * Octavin............................... 2’ * Clairon........................... 4’ * Bombarde16’ Cor Anglais (en Fa 2)16’ Trompette8’ Hautbois (en Fa 2)8’ Voix humaine8’ Tremblant doux
Tirasse GO Accouplement en 16’ : Accouplements en 8’ : Accouplement en 4’ : 4 appels d’anches
La dénomination elle-même est très controversée par les musicologues. Certains parlent d’orgue néo-classique (mais l’orgue décrit par dom Bédos le serait déjà…) : il s’agirait donc d’une évolution amorcée à la fin du XVIIIème siècle qui se prolongerait jusqu’aux alentours de 1850. D’autres parlent d’orgue « romantique », qu’ils opposent à l’orgue «symphonique» de l’époque suivante.Au-delà de la terminologie, la réalité des faits est plus parlante, même si elle est mouvante sur une période d’une trentaine d’années.Dans l’ensemble, après la RévolutionFrançaise, avec la Restauration et la Monarchie de Juillet, le goût musical évolue, se tournant davantage vers l’opéra (ce mouvement avait déjà été initié à la fin de l’Ancien Régime). Les sonorités chantantes, propres à mettre en valeur les timbres solistes appréciés. Par ailleurs, les mentalités se modifient : la notion de progrès technique, que sous-tend une civilisation désormais de plus en plus industrielle imprègne la totalité de la société. Ainsi, comme beaucoup d’instruments de musique, l’orgue évolue, même si c’est avec un certain retard sur la musique profane.La plupart des instruments est encore de taille moyenne, conformément à l’esthétique de la période précédente. Globalement, l’équilibre de l’orgue de la première moitié du XIXème siècle n’est pas fondamentalement différent de celui de la fin du XVIIIème. L’instrument reste fondé sur deux claviers principaux. Peu à peu, néanmoins, le clavier de Récit supplante le Positif, s’agrandit vers les basses pour atteindre 37 notes (Fa 2 – Fa 5), puis 42 notes (Ut 2 – Fa 5). Sa tuyauterie est enfermée dans une boîte expressive, qui se prête aux effets théâtraux. Les jeux de mutation simples et composés, de moins en moins nombreux, sont peu à peu cantonnés au clavier de Grand Orgue. Au bout du compte, si le Nasard est préservé dans beaucoup d’instruments, la Tierce, jeu typique de l’orgue français de la période précédente, disparaît presque totalement. Le Plein-jeu se maintient le plus souvent, mais perd des rangs, le Cornet est encore présent. Les jeux flûtés se multiplient – les flûtes harmoniques font leur apparition dans les années 1840 – ainsi que les jeux gambés, venus d’Allemagne, qui néanmoins prétendent pas encore au rôle de soliste que leur attribue l’époque suivate. Parmi les jeux d’anches, le Hautbois devient un jeu incontournable, et l’on note l’utilisation de jeux à anches libres (Euphones, Cors anglais, certains Hautbois…) à côté des traditionnelles batteries de Trompettes. Des tentatives sans lendemain (jeux « expressifs » par enfoncement des touches) furent aussi pratiquées.Techniquement, la facture reste très proche de l’instrument décrit par dom Bédos. Ainsi en va-t-il des tailles des tuyaux, des alliages (on trouve encore des tuyaux d’étain avec pieds d’étoffe, à l’intérieur des instruments), des principes de facture (tuyaux « coupés au ton» et calottes soudées). Peu à peu, des innovations deviennent plus présentes: les réservoirs à tables parallèles assurent un vent constant et régulier, la « machine » (ou levier pneumatique) Barker, la boîte expressive, un peu plus tard, les appels d’anches. Vers 1839, le traditionnel pédalier à chevilles «à la Française» qui n’autorisait pas la virtuosité, est remplacé par le pédalier à lattes «à l’Allemande». Néanmoins, ces modifications n’affectent guère la structure et l’équilibre de l’instrument pré-révolutionnaire…Ailleurs qu’en France, ces innovations trouvent un écho, par la multiplication des flûtes, par exemple.
ÌL’orgue symphonique
Un orgue « symphonique »L’orgue de la Basilique Saint Sernin,
à TOULOUSE(Aristide Cavaillé-Coll, 1889)
I Grand OrgueII Positif de dos (56 touches : Ut1 à Sol 5)(56 touches : Ut1 à Sol 5) Montre........................ 16Montre............................. 8’ Bourdon...................... 16’Cor de nuit....................... 8’ Montre........................ 8’Salicional.........................8’ Bourdon...................... 8’Unda Maris.......................8’ Flûte harmonique......... 8’Prestant........................... 4’ Salicional.................... 8’Flûte douce......................4’ Viole de gambe........... 8’ Carillon............................ III rangs Prestant...................... 4’Trompette8’ Flûte octaviante...............4’Basson – hautbois8’ Quinte....................... 2 2/3’Clairon4’ Doublette......................... 2’Cornet (en Ut 3)................ V rangs III Récit expressif Fourniture......................... V rangs(56 touches : Ut 1 à Fa 5) Cymbale.......................... IV rgsQuintaton16’ Bombarde........................ 16’Diapason8’ Trompette........................ 8’Flûte harmonique8’ Trompette en chamade..... 8’Viole de gambe8’ Clairon............................. 4’Voix céleste (en Ut 2)8’ Clairon en chamade.......... 4’Flûte octaviante4’ Clairon-doublette.............. 2’Octavin2’ Cornet (en Ut 3)....................... V rangs Pédale............................... Bombarde................. 16’ (30 marches : Ut 1 à Fa 3) Trompette............................. 8’Principal (tire 16’ +10 2/3’) 32’ Basson – hautbois................ 8’Contrebasse................ 16’ Clarinette.............................. 8’Soubasse.................... 16’ Clairon.................................. 4’Quinte......................... 10 2/3’ Voix humaine........................ 8’Grosse Flûte................ 8’ Violoncelle............................ 8’Flûte........................... 4’ Contrebombarde.......... 32’Bombarde................... 16’ Trompette.................... 8’.... Clairon........................ 4’ Accouplements en 8’ : II/I ; III/I , II/III Accouplement en 16’ : III/I Tirasses en 8’ : I, II, III Octaves aiguës : Pédale, Pédale d’Orage Appel G.O. Appel Récit 4 appels d’anches Appel de chamades Trémolo III Equivalent de l’orchestre, et non, comme on la trop souvent écrit son substitut... Telle est la formule que, par touches successives, Aristide Cavaillé-Coll élabore à partir des années 1850. Ce faisant, il révolutionnant complètement la facture d’orgue, en inventant un instrument nouveau.Au début de sa carrière, Cavaillé-Coll, héritier de la facture de la fin du XVIIIème siècle (son grand-père Jean-Pierre Cavaillé avait appris son métier auprès de Joseph Isnard, lui-même neveu et élève de Jean-Esprit Isnard, le facteur du célèbre instrument de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume…) construisait des instruments « de transition ». En dépit de ses grandes dimensions et d’innovations techniques indéniables, même son instrument - original - de la Basilique de Saint-Denis s’y rattachait encore sur bien des aspects.D’une part, homme du XIXème siècle, il a foi en le progrès technique. Aussi, innove-t-il. Il utilise le levier Barker, qui autorise de grands sommiers, les doubles gravures, les fortes pressions, les accouplements à l’unisson et à l’octave grave et/ou aiguë… Grâce à ce mécanisme composé de petits soufflets, la traction des claviers ne pose plus de problème, ce qui autorise d’ailleurs de retourner la console, de la placer à fleur de tribune à l’ancien emplacement du Positif, etde permettre à l’organiste de tourner le dos à son instrument.Il développe les jeux « harmoniques », multiplie les jeux de fonds, il ajoute des jeux gambés, qu’il harmonise désormais en tant que jeux véritablement solistes, il dote ses instruments de batteries d’anches impressionnantes. (Les fortes pressions modifient totalement l’harmonisation des jeux de Trompettes…)Mais son orgue est avant tout le fruit d’un choix esthétique raisonné. Contrairement à ce que la tradition avait légué, l’instrument n’est plus conçu comme la juxtaposition de plans sonores très différenciés dans leurs fonctions et dans leur vocation musicale, et destinés à se répondre en écho. Au contraire, Cavaillé-Coll entend édifier une «masse sonore» - au sens le plus noble du terme, comme le fait Berlioz pour l’orchestre. Ainsi, sont multipliés les accouplements. Ainsi, le Positif, dont le but n’est plus de répondre au Grand Orgue, mais de lecompléter, voire de jouer un rôle équivalent au sien, entre-t-il le plus souvent dans le buffet principal, avant de devenir expressif, tel une sorte de deuxième Récit. Il passe désormais au-dessus du clavier de Grand Orgue.Le clavier de Récit expressif s’étoffe pour devenir un véritable plan sonore incontournable, presque équivalent au Grand Orgue, mais doté de l’expression, qui ouvre la voie vers des effets orchestraux impressionnants. Quelques timbres lui sont propres : la Voix céleste, le Basson-hautbois.Véritable fondement sonore, le pédalier est doté de jeux graves et puissants, complétés par les nombreuses tirasses.La multiplication des accouplements et des appels d’anches autorise des effets de « masse sonore » et surtout de changements rapides de registration.Des timbres nouveaux, solistes, se développent : les gambes suaves, les jeux gambés désaccordés (Voix céleste et Unda Maris) les Flûtes Harmoniques solistes à forte pression, les Clarinettes, les Bassons… Des mélanges nouveaux aussi : le fond d’orgue des jeux de 8 pieds, très rond, devient la base de la registration… Le tutti est désormais composé des la totalité des fonds et des anches, soutenus tout au plus par un plein-jeu ou un Cornet. Les jeux de mutation disparaissent donc quasi-totalement de ces instruments (sauf peut-être des plus importants…) Le Plein-jeu est désormais modifié. Il devient une «progression harmonique» soutenant les anches, avec un nombre de rangs croissant tout au long du clavier, sans reprises, introduisant les harmoniques de plus en plus graves.
La progression harmonique de CAVAILLÉ – COLL Une Fourniture progressive III à VI rangs
L’orgue d’Ancemont, en Lorraine. Ce petit instrument rural lorrain, construit vers 1860,
est doté d’un buffet néo-gothique très soigné
orné de panneaux sculptés dans le style du XIIIe siècle
qui n’est pas sans rappeler certains instruments plus imposants.