Orgues MOUSSAN
« Faire découvrir et aimer la Musique et particulièrement celle d’Orgue »
A la recherche d’un projet
Plusieurs possibilités s’offraient à nous. La première était l’acquisition d’un «orgue» digital. Les technologies les plus récentes ont doté ce type d’instrument électronique de sonorités crédibles… A budget égal, il offre en vérité des possibilités largement supérieures à celles d’un orgue à tuyaux. Il est en outre plus aisément transportable. La deuxième consistait à nous tourner vers un instrument «noble» : le clavecin ou, plus abordable, une épinette ou un virginal… La troisième, celle, d’un orgue à tuyaux.
Les deux premières - qui représentaient un investissement acceptable, quoique non négligeable - furent rapidement écartées. D’une part, un instrument électronique ne peut en aucun cas prétendre constituer un accroissement du patrimoine musical et instrumental. En outre, sa durée de vie n’excède pas une dizaine d’années.
D’autre part, il n’était pas concevable, statutairement parlant, que des «Amis des Orgues» puissent se satisfaire d’un clavecin. L’acquisition d’un orgue - un vrai, c'est-à-dire d’un instrument à vent, à clavier et à tuyaux, quelles que soient ses dimensions… - était seule envisageable, musicalement, moralement et juridiquement. Et, bien sûr, toujours à condition de ne pas dépasser un seuil raisonnable de nos possibilités financières.
Nos recherches sur l’Internet nous avaient fourni quelques espoirs, hélas vite déçus. Il y avait eu cet instrument d’une seule rangée de tuyaux, cédé par son propriétaire à un prix presque dérisoire. Nous avions été devancés. Il y eut le rêve d’un petit orgue-coffre tchèque de trois jeux, si joli et d’un prix très abordable, que nous étions prêts à aller chercher dans son pays d’origine… Malheureusement, lui aussi était déjà vendu. Enfin, beaucoup de facteurs d’orgues proposent des orgues construits en série, positifs ou coffres. Soit ils étaient hors de notre portée financière, soient ils étaient intransportables, soit ils ne pouvaient correspondre aux besoins spécifiques d’une Association privée de lieux de concerts, soit encore nous ne les trouvions pas esthétiquement à notre goût…
Au début du printemps 2004, force nous était de constater qu’il ne restait à l’Association, si elle désirait poursuivre l’accomplissement de ses buts statutaires, qu’une seule solution : celle d’un projet original…
Un projet original et spécifique
Au cours d’une réunion du Bureau, nos besoins spécifiques quant à cet instrument furent précisément définis, et il fut décidé de lancer un appel à des facteurs d’orgues pour une construction ex nihilo. L’instrument devait être de petites dimensions, aisément transportable, polyvalent, attractif, visuellement esthétique. Il devait offrir de réelles possibilités musicales, eu égard à la littérature musicale existante, être original et… d’un prix raisonnable pour nous. Une fiche résumant nos desiderata et proposant un projet un peu ambitieux (un Positif de six registres démontable en deux parties, dont les jeux pouvaient être indifféremment être employés sur l’unique clavier manuel et/ou sur la Pédale) fut établie et expédiée à divers facteurs d’orgues dont nous avions repéré les opera ressemblant à ce type d’instrument. Quelques semaines plus tard, des devis nous parvenaient.
L’envoi du facteur d’orgues nîmois Bertyl Soutoul retint notre attention. Nous connaissions déjà bien l’homme de l’art, pour travailler depuis longtemps à Narbonne avec lui. Le contenu de ses propositions correspondait parfaitement d’une part à notre projet initial, et il proposait alternativement un projet d’orgue coffre, nettement plus conforme à notre réalité financière et au budget modéré qui est le nôtre.
Le 5 mai 2004, le Bureau, accompagné de quelques membres de l’Association, peut-être davantage que nous en prise sur la réalité, rendait une longue visite à son atelier. Nous étions munis d’un lourd dossier technique que nous avions établi et d’une longue liste de questions tout aussi précises que diverses. L’entretien dura plus de cinq heures…
Au bout du compte, un nouveau projet était dressé dans ses grandes lignes. Celui d’un orgue susceptible d’enrichir le patrimoine instrumental de notre région, à la fois réaliste – un petit positif transportable – et doté d’une très forte personnalité compensant largement ses dimensions restreintes, petit certes, mais pas confidentiel. Un orgue modeste, mais polyvalent, conçu à la fois comme un instrument de continuo, d’accompagnement et comme un instrument soliste, propre à faire sonner, de manière modeste, mais très authentique, une large littérature. Un instrument aussi conçu pour être « évolutif », pour pouvoir être éventuellement amplifié par la suite, en fonction des disponibilités financières. Que ce soit sur l’aspect musical ou sur l’aspect visuel, les suggestions et les conseils du facteur d’orgue nous éclairaient et emportaient notre conviction.
Le 17 juin suivant, l’Assemblée Générale dotait l’Association d’une nouvelle recension des statuts, plus détaillée que la précédente. Entre autres points, celui de la construction d’instruments était abordé et précisé. L’Assemblée Générale se prononçait aussi favorablement à l’acquisition d’un instrument. Les conditions étaient désormais réunies pour que la commande fût passée, ce qui fut fait quelques jours plus tard.
La construction
Il était entendu avec le facteur d’orgues que le projet présenté par le devis n’était pas pressant. Il était nécessaire de trouver pour nous de lui trouver un lieu d’accueil. Il fallait aussi qu’à l’image du travail des artisans du passé, il mûrisse, qu’il se peaufine au fil du temps.
Si la réalisation est évidemment restée semblable au projet arrêté dans ses grandes lignes, des évolutions furent sensibles sur des points de détail, qui ont tant d’importance dans la réussite d’un instrument. Cela est vrai dans la structure instrumentale, tout autant que sous l’aspect visuel.
Nous avions tenu que cet orgue associatif le fût aussi par la participation active de ses membres dans sa réalisation. Ainsi, deux «Amis des Orgues» réalisèrent marqueteries (une «polychromie de bois», disions-nous alors) et claires-voies sculptées.
L’instrument fut achevé au printemps 2007, alors qu’il était désormais possible qu’il fût abrité dans la Collégiale saint Etienne de Capestang. Il fut solennellement inauguré le 18 mai, par l’organiste néo-zélandais Chritopher Hainsworth, et par le groupe Occitania Sacra.
L’évolution du projet, du croquis initial proposé
par l’Association et l’instrument achevé
(Teste et images : Jean MERCIER)


